Incendie au Club

 

Chapitre 2

 

 

            Samedi soir... Exceptionnellement, je passe la soirée au pré et c’est une chance, vu ce qui s’est passé cette nuit-là...! Pour une fois, Mélissa, m’ayant fait faire une bonne séance d’obstacle cet après-midi là, avait préférée me mettre au pré, pour récupérer tranquillement. D’un côté, ça ne me déplaisait pas du tout.

 

            Dans l’obscurité, j’apercevais une tâche blanche, qui n’était autre qu’Océane, qui se déplaçait parmi les herbes du pré. Le ciel était couvert, menaçant. Mais ce n’était pas trop gênant. La pluie ne me dérangeait pas, bien au contraire... Et puis, j’avais un abri à ma disposition, quelques mètres plus loin. Et si le mauvais temps venait à empirer, je savais très bien que quelqu’un viendrai pour me ramener à l’écurie.

 

            Ce soir-là, pourtant, l’atmosphère qui régnait était...différente. Une espèce de...tension entourait les alentours. La nuit était trop calme...! Comme “avant la tempête” (comme le disent si bien les hommes) ! Même les écuries étaient calmes. D’habitude, on y entendait toujours une certaine agitation, mais là...! Rien, le silence...! Ce calme pesant me rendait nerveux...! Je m’éloignai de la barrière au petit trot, manquant de peu Océane, et revint à la place que j’occupais précédemment, les oreilles en avant, guettant le moindre bruit, les sens en alerte. Mon instinct “de proie” me disait de rester prudent. Un mouvement...! Une silhouette qui marche, le long d’une des écuries....puis une deuxième...! Ils semblent discuter...! Les deux ombres disparaissent de mon champ de vision...! Qu’est ce que ces deux hommes viennent faire là ? Ils n’appartiennent pas au club...! Soudain, je vois les deux silhouettes réapparaître, courant, le long du mur de l’écurie, puis repartir, aussi vite qu’ils étaient venus. Une odeur désagréable...qui réveille une partie, au fond de moi... Je ne connais pas le feu...mais ces odeurs...La terreur m’envahie soudain... Il y a le feu...! Les hennissements paniqués des chevaux, enfermés dans leurs box, confirment ma pensée.

 

            J’ai souvent entendu dire les humains qu’un incendie, dans une écurie, ça ne pardonne pas...! Trop de “combustibles” (la paille, le bois des box,...).

 

            L’odeur se fait plus entêtante. Les hennissements effrayés de mes congénères finissent de m’affoler.... Eliott est dans l’écurie...! Cette constatation me paralyse complètement... Je dois faire quelque chose...! Mais quoi ? Les humains n’ont pas réagis...et pendant ce temps là...! Le feu gagne en intensité...!

 

            Je m’écarte de la barrière, au petit trot, sous le regard de ma lapine. M’étant arrêté à quelque pas de la clôture, je lui fais face...! Avant de m’élancer vers la lice, au galop...! Celle-ci, bien que trop haute pour moi, ne l’est pas au niveau de la porte, qui est plus dans mes capacités...! Sans ralentir, j’aperçois enfin la porte devant moi...! Je me rassemble...et franchit le battant d’un saut... Je me réceptionne de l’autre côté, libre...! Mais je suis soudain paralysé par le spectacle qui s’offre à moi...! Une scène de cauchemar...! Près de l’écurie, tout est orange, rouge et or, de hautes flammes finissent de consumer les quelques tas de paille entassés là...! Je renâcle, gêné par la fumée qui s’insinue dans mes poumons... Et mes congénères, toujours enfermés dans leurs prisons de bois...Leurs hennissements de terreurs me serrent le cœur...!

 

            Je me détourne soudain de cette scène infernale...! Au grand galop, je traverse le club, en direction de la petite propriété, à l’écart des écuries... Mes sabots ferrés résonnent sur les pavés de la cour...! A peine essoufflé par ma course effrénée, je me plante devant la maison qui s’étend devant moi et hennit, de toute la puissance de mes poumons. Aussitôt, une lumière s’allume à l’étage...! La fenêtre s’ouvre...!

 

            “Mais...Ténébreux, qu’est-ce que tu fais là ? s’étonna la voix de Henry. Comment...Oh ! Nom de Dieu... !”

 

            Il venait d’apercevoir les écuries...!

 

            “Dehors tout le monde ! hurla-t-il, en rentrant précipitamment. Il y a le feu aux écuries...!”

 

            A peine a-t-il crié ça qu’une silhouette plus que familière apparaît à la porte d’entrée... Mélissa !

 

            “Ténébreux !” s’exclama-t-elle en accourant vers moi.

 

            Ma terreur, est bien vite remplacée par ma joie de la voir...! Une vingtaine de personnes surgissent, à leur tour, de la maison...! Tous les employés du club sont là...! Les moniteurs, les palefreniers et même le vétérinaire. (J’appris, plus tard, que le propriétaire avait organisé une petite fête chez lui...!)

 

            “- Appelez les pompiers ! hurla l’un des palefreniers, tout en se précipitant vers les écuries, accompagnés des autres personnes.

 

             - C’est déjà fait ! Ils arrivent !

 

             - Bon, dieux, les chevaux vont rôtir dans les écuries !

 

             - Mélissa, reste ici, avec Lisa !

 

             - Bon sang, qui a pû faire une chose pareille ?”

 

            Ces cris me terrorisaient presque autant que l’incendie lui-même. Je percevais la terreur des employés, mais les paroles apaisantes que m’adressaient Mélissa, eurent tôt fait de me détendre.

 

            “- Brave garçon ! murmura-t-elle, en me caressant.

 

             - C’est sans espoir ! gémit Henry, en passant près de moi. On n’arrivera jamais à sauver les chevaux...! Terrorisés comme ils doivent l’être, ils refuseront de sortir, même si nous leur en donnons les moyens...!”

 

            Mélissa m’adressa un drôle de regard, alors que l’homme courait à la suite des palefreniers.

 

            “- On peut sauver les autres chevaux ! s’exclama-t-elle. Je...!

 

             - Mélissa, où est Eliott ? demanda sa sœur, en l’observant d’un air inquiet.

 

             - Je vais aller le chercher ! la rassura Mélissa. Lisa, tu reste là, d’accord ? Je reviens...!”

 

            Sur ce, elle se hissa sur mon dos, et me lança au galop, droit vers les écuries ! Droit vers le brasier... ! Je résistait à ma panique, en comprenant ce qu’elle comptait faire..., et j’ obéissais docilement à ses injonctions...!

 

            “Je sais que ça ne va pas te plaire mon bonhomme ! Mais il va falloir le faire, pour tes camarades !”

 

            Je m’arrêtais près de l’entrée arrière de l’écurie. Ma cavalière se pencha, afin d’ouvrir le loquet du bâtiment et ouvrir les battants. Je pénétrais à l’intérieur mais m’immobilisais dans l’atmosphère suffocante qui y régnais. Les hennissements plaintifs des chevaux raviva mon courage... Je devais le faire...! Les poutres commençaient à s’enflammer... ce n’étais plus qu’une question de temps...! Mélissa me poussa vers les box du fond. Au passage, elle ouvrait, au fur et à mesure, tout en ignorant les débris enflammés qui tombaient du plafond, et la fumée âcre et étouffante, les portes des box, libérant les chevaux qui restaient tétanisés au fond de leur “refuge”.

 

            “ Allez Eliott, bouge-toi !” cria Mélissa au poney gris qui refusait de sortir.

 

            Mais il changea d’opinion quand je me ruai sur lui, les oreilles couchées, menaçant. Pour m’échapper, il s’élança vers la porte, puis à travers l’écurie, vers la liberté.

 

            “Ouais !” s’écria ma cavalière alors que les autres chevaux, suivants l’exemple d’Eliott, se précipitaient, à leur tour, hors de leur box, sous une pluie de débris incandescents qui, s’abattant sur la croupe de mes congénères, finirent de les motiver. Les trente “locataires” de l’écurie des chevaux de propriétaires, moi en tête, déboulèrent, au grand galop, dans la cour, puis dans la carrière ( le vaste espace sablé et clôturé, où les chevaux travaillent), au moment où le toit de l’écurie s’enflammait...

 

            Des sirènes retentissaient...Des camions rouges surgirent soudain dans l’enceinte du club, me faisant sursauter...!

 

            Rassurée sur le sort de ces chevaux, Mélissa jeta un regard sur les autres écuries. Les différents bâtiments étaient suffisamment écartés les un des autres, pour éviter toute propagation. Les autres chevaux ne risquaient rien.

 

            “C’est bien, mon bonhomme ! C’est bien !” me félicita-t-elle, en me caressant l’encolure.

 

 

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